École européenne d’été - Biennale d’Histoire des Théories Linguistiques
EXPÉRIENCE, EMPIRICITÉ, EXPÉRIMENTATION EN LINGUISTIQUE : HISTOIRE ET ÉPISTÉMOLOGIE
Centre IGESA – Agay Roches Rouges – 3-7 septembre 2012
PRÉSENTATION
Cette école thématique est organisée par le laboratoire HTL (UMR 7597 CNRS/Univ. Paris Diderot et Paris 3), en collaboration avec le LABEX EFL, Empirical Foundations of Linguistics.
Les mutations récentes des sciences du langage orientent de plus en plus la recherche vers des formes d’expérimentation soumises à des protocoles de vérification et à l’exigence de reproductibilité des expériences. En phonétique surtout, mais aussi dans les domaines de la morphologie, de la syntaxe et du lexique, la manipulation de corpus souvent étendus et surtout annotés, les progrès de l’imagerie médicale, les transformations de la « psycholinguistique » et les acquis des linguistiques cognitives… permettent, selon certains, d’envisager l’émergence d’une linguistique expérimentale.
Conformément à sa vocation, le laboratoire HTL (Histoire des Théories Linguistiques) organise cette école thématique dans le but de donner à ces projets une profondeur historique indispensable. Qu’en est-il, dans l’histoire des idées linguistiques, du statut de l’expérience ? Si l’approche par les « théories » est souvent privilégiée dans l’historiographie, quels rapports se nouent ou se sont noués avec l’empirie : celle de la diversité des langues, celle de la diversité des usages, celle de la diversité des pratiques langagières ? Si la grammaire s’est d’abord définie comme tekhnè plutôt que « science », comment à différentes époques s’articulent les différents intérêts de connaissance de la linguistique ? Qu’est-ce qu’observer ? Comment les données sont-elles construites ? Comment a-t-on défini ce qu’est un « fait » linguistique ? Y a-t-il eu des protocoles de vérification ? Lesquels ? Nous entendons poser ces questions dans la longue durée et dans la diversité des traditions métalinguistiques. La dernière journée invitera plus particulièrement à s’interroger sur un éventuel « devenir expérimental » de la linguistique.
Cette école s’appuie sur les travaux du laboratoire Histoire des Théories Linguistiques (UMR 7597), et entre en cohérence avec le programme du Labex EFL (Empirical Foundations of linguistics) porté par le PRES Sorbonne Paris Cité. En effet, le laboratoire est copilote de l’axe 7 Experimental methods and epistemology (Méthodes expérimentales et epistémologie). Il participe activement à l’axe 5 Computational semantic analysis (Analyse sémantique computationnelle), ainsi qu’à l’axe 6 Language ressources (Ressources linguistiques). Ce projet se nourrit également du réseau de coopérations qui associent le laboratoire à de nombreuses universités (dont Sydney, Edimbourg, la Vrije Universiteit d’Amsterdam…) et aux sociétés savantes qui promeuvent l'histoire et l'épistémologie des idées linguistiques (SHESL, Henry Sweet Society, NaHoLS, Studienkreis 'Geschichte der Sprachwissenschaft’…).
GRANDS AXES DU PROGRAMME
Son intégration dans le projet LABEX EFL a été l'occasion pour l'équipe HTL de proposer une réflexion épistémologique et historique sur les rapports entre sciences du langage et « expérience ». De là est né le projet d'une école qui ferait partager les fruits de cette réflexion.
La question de la constitution des données, la définition même de ce qu’on peut entendre sous le nom de « fait » linguistique, la multiplication, à l’époque contemporaine de corpus manipulables, la création de plateformes d’expérimentation soumettant les faits à des protocoles d’enquête et de corroboration… réactivent sans doute des procédures anciennes sous d’autres formes, en même temps qu’elles font accéder à une sorte de « modernité » des sciences du langage. C’est ce mixte de continuité et de renouvellement auquel cette école thématique entend rendre sensibles ses participants.
Cinq axes se dégagent autour de cinq journées :
Empiricité, expérience, expérimentation, historicité
Après un panorama épistémologique des outils et concepts se rapportant à l’empiricité et à l’expérimentation, il s’agira de revenir sur deux périodes et deux formes de pratiques empiriques : le processus de grammatisation des langues du monde dans le long terme d’une part, et l’histoire de la phonétique expérimentale depuis la fin XIXe siècle d’autre part.
Le « terrain » comme champ « d’expérience »
Il s’agira d’ouvrir la perspective propre aux sciences du langage (la « linguistique de terrain ») à d’autres sciences humaines (ethnographie, sociologie…), d’une part, et focaliser l’attention sur le parcours qui va de la naissance de la psychologie expérimentale aux psycho-linguistiques et neurosciences, de l’autre.
La construction des « faits »
Entre « perspectivisme » (« le point de vue crée l’objet ») et positivisme (le « ‘faitalisme’ des petits faits » selon Nietzsche), les sciences du langage ont souvent oscillé. On interrogera plus particulièrement ici, d’une part les différentes attitudes possibles vis à vis de « l’évidence » expérimentale dans l’histoire de la psycholinguistique, d’autre part, un exemple de construction des faits dans la description des langues amérindiennes, et enfin on essaiera d’interroger les différentes formes qu’a pu prendre le « positivisme » en linguistique.
• Validation des théories
Une théorie linguistique a-t-elle besoin d’être validée ? Qu’est-ce qu’un fait attesté et que signifie la notion de corpus evidence en traitement automatique des langues ?
Y a-t-il un devenir expérimental des sciences du langage ?
À quelles conditions et dans quelles limites peut-on parler de « linguistique de laboratoire » ? Quelles relations entretiennent aujourd’hui philosophie de l’esprit, sciences cognitives et sciences du langage ?
PROGRAMME
Sans prétendre à l'exhaustivité, l'école thématique s'efforcera d'apporter à ces questions quelques éléments de réponse au cours de cinq journées intitulées :
Empiricité, expérimentation, historicité
Les observatoires / Sciences cognitives (I et II)
Validation des théories
Expérimentation et théorisation